Étude en profondeur de la stupidité des adolescents - 2
" Mille fois j’ai tenté de me l’expliquer, d’essayer de comprendre concrètement. Mais comment comprendre ? Et comprendre quoi, au juste ? Voilà ! Voilà, c’est ça le problème : y’a rien à comprendre. C’est un état, c’est tout. Et il n’existe pas encore de mot pour le nommer. Comment t’essai de décrire ça, toi, quand t’es heureuse ? " J’ai des tits papillons dans le ventre " ?? Ben voyons donc ! Faut un mot pour que les gens comprennent... Pis, ben, celui-là existe pas encore. C’est toute.
Donc te l’expliquer, c’est assez compliqué, tu comprends... Mais je peux ben essayer. De tout façon, ça serait pas la première fois. Inquiète toi pas si tu comprend pas, au contraire, ça serait mieux pour toi. De pas comprendre. Parce que... parce que même si des fois, ce que je ressens me semble fabuleux, d’autres fois je me demande si je ne devrais pas tenter d’arrêter. J’arrive à... à percevoir autre chose... tu comprends ? Autre chose qui expliquerais tout qu’est-ce que je comprenais pas avant.
Tu comprends ?
Ha ha ! T’as dont ben l’air perdue ! J’viens juste de commencer ! Je le sais, c’est pas clair quand je le dis, mais dans ma tête, c’est tout en place... Encore la barrière des mots, hin... Bon, faut aussi dire que j’ai jamais été très bon orateur. Entéka... Bon, je continue ? Oui ?
Ok.
Comment je te décrirais ça... Plus ça va, plus je me détache de ta réalité. Du monde, de la vie, des gens. Il m’a toujours semblé que tout ce qui m’entourait, c’était du faux, du carton. Un espèce de faux décor monté de toutes pièces pour me cacher ce qu’il y a derrière. Mais je perce le décor ! Tranquillement, mais j’y arrive ! Tu sais ce qu’on dis, hein ? Que l’être humain n’utilise que 10 % de son cerveau ? Eh bien je suis l’exception. Oh, ne me regarde pas comme ça ! Non, je ne suis pas mégalo ! Je ne fais que dire la vérité. J’arrive à voir au-delà du monde matériel, et je m’y rendrais, le jour ou j’en serais capable. En attendant je fais semblant de prendre mes médicaments et je me tiens tranquille.
Tu sais, des fois j’ai peur. Je me dis qu’on m’enfermera dans un asile si ça continue. Mais, vas savoir. Je serais peut-être déjà parti à ce moment là... "
Les Dires d’Adriel Juneau